À la Une aujourd’hui : Paris et New York

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On passe devant eux tous les jours, sans leur accorder le moindre regard ou une quelconque importance. Et pourtant, sans eux, la vie ne serait pas la même. Sans leur petit kiosque vert, Paris ne serait pas Paris. Et sans leur installation dans le métro, New York ne serait pas New York. Eux ? Ce sont les vendeurs de journaux, hommes de l’ombre et du (des) quotidien.

Ali est Libanais, installé à Paris depuis très longtemps. Son quotidien se déroule sur l’Avenue des Ternes, dans le 17e arrondissement. Adil est Indien et New-yorkais. Sa vie se passe sous terre, dans une station du métro de la ligne 6. Voici leur histoire…

Ali est d’origine libanaise. Il est né dans cet état du Proche-Orient proche de la Syrie, y a passé toute son enfance, puis a fui ce pays en guerre pour venir en France il y a 35 ans. Petit, il ne pensait pas qu’il deviendrait un jour marchand de journaux et encore moins qu’il vivrait à Paris. Mais le pays où il a grandi laissait peu de place à l’imagination : « Avec la guerre civile, on vivait au jour le jour. Enfant, on ne rêvait pas de ce que l’on ferait une fois adulte, mais plutôt de ce que l’on aurait dans l’assiette le soir même. » Si aujourd’hui, Ali dit aimer autant son pays d’accueil que son pays d’origine, il avoue souhaiter retourner peut-être un jour vivre au Liban.

Adil est Indien… Sa famille est venue s’installer à New York lorsqu’il était encore bébé pour trouver du travail et « faire du business ». Elle voulait vivre le rêve américain comme elle le voyait dans les films. Aujourd’hui ? Toute leur vie est aux Etats-Unis. La famille, les amis, le travail… Tout se passe de ce côté-là de l’Atlantique. « Je ne suis jamais retourné dans le pays où je suis né. Pour y faire quoi ? Toute ma famille est ici, ma vie n’a plus rien à voir avec celle de mes parents en Inde. » Les parents d’Adil ne travaillent plus et c’est lui qui désormais survient aux besoins de sa famille avec son salaire de marchand de journaux.

Un marchand de journaux… vend des journaux. Mais à quoi ressemble son quotidien caché derrière ses piles de magazines et de quotidiens ? La vie de marchand de journaux est-elle la même à Paris ou à New York ?

L’Avenue des Ternes, dans le 17e arrondissement, c’est le terrain de jeu d’Ali depuis 12 ans. Douze années qu’il travaille dans le même kiosque à journaux, en plein cœur de cette avenue qu’il a choisie. Et il en voit passer du monde ! C’est ce qu’il aime le plus dans ce métier : parler avec les gens, souvent des habitués du quartier. Il y aussi ceux qui travaillent dans le coin et qui viennent acheter des journaux à la pause déjeuner, le moment le plus chargé de la journée. Même s’il a un peu froid l’hiver, Ali ne voudrait pas changer d’emplacement : « Il n’y a pas trop de courants d’air par ici ». Et lorsqu’il fait trop froid, son voisin lui vient en aide : il vend des marrons chauds !

Adil travaille sous terre, sur la ligne 6 du métro new-yorkais. L’hiver, il ne voit pas la lumière de toute la journée : il fait nuit quand il part travailler le matin et il fait de nouveau nuit quand il finit tard le soir. Si Adil a froid et supporte de moins en moins bien les courants d’air, c’est surtout le bruit qui le dérange : le matin, lorsque les métros sont plus fréquents et les quais bondés, le vacarme est parfois assourdissant, au point qu’il n’entend plus ce que lui disent ses clients. « Mais la ligne 6 est une bonne ligne : la journée et le soir, il ne passe qu’un métro toutes les 12 minutes alors les gens ont le temps de s’arrêter pour regarder et acheter ! ». le business avant tout !

Même si l’on lui demande rarement son avis sur l’actualité, les infos, les unes, il en pense quoi finalement de ce monde dans lequel on cohabite ? De ces politiciens qui promettent monts et merveilles ? De ces people plus connus que le 1er ministre sans avoir rien fait ? Pour une fois, la question leur est posée…

La presse, Ali a le temps de la lire, de l’éplucher, de la décortiquer. Et de donner son avis ! Les Unes du Canard Enchaîné sur François Hollande l’ont particulièrement marqué, mais on ne saura pas si ce sont pour les dessins cyniques ou les articles cinglants du journal. Ce qui est certain, c’est qu’Ali connaît son métier et sait à l’avance quels sont les titres de presse qui vont plaire et ceux qui resteront invendus : « Ce que veulent les gens aujourd’hui, ce sont des magazines de décoration et de cuisine. Et aussi les numéros spéciaux. » Pas de prise de tête ! Surtout pas de prise de tête : « Je me souviens d’une dame qui est venue acheter le Pariscope un mardi en fin de journée. Je lui ai dit que le nouveau sortait le soir même, mais elle n’a rien voulu savoir. Je n’ai pas insisté : 15 jours après, elle revenait pour se le faire rembourser ! »

Adil, lui, vend de la presse bien sûr, mais pas que. Au milieu des chewing-gums, bonbons et autres snacks, on trouve effectivement quelques magazines. Que des magazines, pas de journaux. Et quasiment que du people ou du sexy : « C’est ce qui se vend le mieux aujourd’hui. Tout ce qui touche à la télé-réalité… Je trouve ça un peu triste. Surtout que je vends quand même plus de chewing-gums que de magazines ! » Selon Adil, les gens voient déjà trop de choses à la télévision ou sur Internet, et ils ne veulent plus lire les journaux pour n’apprendre que des mauvaises nouvelles et des histoires de fin du monde. « Moi j’aime bien lire, j’ai un peu le temps dans la journée, en dehors des heures de pointe. «  dit-il en sortant un livre tout corné sur la philosophie…

 

 

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